La présence militaire à Maisons-Alfort

Les soldats en dépôt ou en cantonnement à Maisons-Alfort

En 1914, le fort de Charenton s’apprête à fêter ses 70 ans. A l’origine, il appartenait à un système défensif destiné à protéger Paris d’une invasion. Mais la guerre de 1870 a déjà démontré que ce système de défense est dépassé. Quand, fin août 1914, les troupes ennemies menacent la capitale, le fort est malgré tout mis en état de défense : les constructions civiles jugées trop proches sont démolies sur ordre du Gouverneur du Camp retranché de Paris et le fort armé de batteries d’artillerie. 

Mais, pour la capitale et sa banlieue, le plus grand danger, vient des airs : ce sont les zeppelins, les gothas et la célèbre "Grosse Bertha". Quelques aménagements sont réalisés au fort, et un dispositif de camouflage par émission de fumées est installé au confluent de la Marne et de la Seine. Preuve que ces dispositifs ne sont pas superflus : en mars 1918 notamment, des raids ennemis ont lieu sur Paris. Des éclats d’obus endommagent alors légèrement plusieurs propriétés des bords de Marne. Le maire de Maisons-Alfort essaie de son côté de protéger les habitants de ces nouveaux dangers : il demande aux trompettes du fort de donner l’alerte, recense les abris disponibles en cas d’attaque et fait même creuser une tranchée-modèle dans le parc de la mairie. 

Les cuistots du 3e régiment d’artillerie coloniale au Fort de Charenton (1914-1915)

Les cuistots du 3e régiment d’artillerie coloniale au Fort de Charenton (1914-1915), © Collection POIVEY

Le 13 août 1914, 2500 soldats ont rejoint le fort de Charenton alors qu’il ne peut en loger que  1000. Ordre est alors donné de répartir les hommes dans les environs.

Près des bords de Marne, le château de Charentonneau et ses dépendances, propriété de la famille Jouët-Pastré depuis la première moitié du 19e siècle, sont donc occupés par des troupes en cantonnement, notamment le 12e régiment d’artillerie. Là, loin des horreurs du front, les soldats prennent un peu de repos, entrecoupé d’exercices et de manœuvres militaires. Quelques "matinées récréatives" leur sont même proposées dans la salle des fêtes communale.

Soldats du 12e régiment d’artillerie en cantonnement au château de Charentonneau, en 1916

Soldats du 12e régiment d’artillerie en cantonnement au château de Charentonneau, en 1916. © Collection particulière.

Du côté de l’école vétérinaire, la majorité des élèves mobilisée. L’enseignement vétérinaire, d’abord suspendu, reprend le 1er décembre 1915, de manière restreinte et centré sur les problématiques militaires. En effet, si la guerre des tranchées sonne le glas du règne de la cavalerie sur le champ de bataille, les chevaux restent indispensables pour déplacer les pièces d’artillerie et ravitailler les troupes. L’établissement est alors occupé par des régiments d’artillerie jusqu’en janvier 1917. 

Dans une guinguette des bords de Marne, à Maisons-Alfort, le décor de la salle de bal est resté en place mais les casques, képis et calots du 85e régiment d’artillerie ont remplacé les casquettes. Un cantonnement provisoire y a été improvisé, les gamelles à même les lits. 


Le 85e régiment d’artillerie en cantonnement dans une guinguette des Bords de Marne

Le 85e régiment d’artillerie en cantonnement dans une guinguette des Bords de Marne, à l’heure du casse-croûte. @ Collection particulière.

Les gardes des voies de communication

Les gardes des voies de communication (G.V.C.), pris parmi les soldats les plus âgés, ont pour mission de surveiller et d'entretenir voies ferrées, ponts et viaducs, ainsi que leurs abords, stratégiques pour le transport des soldats comme du matériel. Maisons-Alfort, traversée par la ligne de chemin de fer de Paris à Lyon depuis 1849, a donc ses G.V.C., dont certains sont cantonnés au pensionnat de Cluny (actuellement Sainte-Thérèse).

En 1915, la ville déplore le décès d'un de ses gardes, Géraud Marsilhac, 46 ans, mort de ses blessures à l'hôpital Bégin suite à un "accident en service commandé". Son nom est gravé sur le monument aux morts de la mairie.


 les G.V.C. de Maisons-Alfort, leurs "armes" à la main

"Un groupe de bons et joyeux camarades" : les G.V.C. de Maisons-Alfort, leurs "armes" à la main, © Archives municipales de Maisons-Alfort.

Les soldats en permission

Dans la ville, les habitants peuvent aussi croiser le chemin de voisins mobilisés, revenus en permission. Ces quelques jours de répit, loin du front, sont évidemment très attendus par les soldats et leurs familles. Mais c’est aussi parfois pour le soldat le temps de la désillusion et de l’incompréhension : la vie est tellement différente à l’arrière…