La réalité des combats : témoignage de Paul SIMON

Cet article fait partie d’une série sur la correspondance de Paul Simon, officier du 56e et 59e Bataillon des Chasseurs.

La correspondance de Paul Simon témoigne de la réalité des combats qu’il a vécu sur le front. Découvrez quelques extraits du récit de P. Simon.

Extrait de la lettre du 25 juillet 1916 (lors de la bataille de la Somme) :

"Encore une fois la Providence et la Vierge entre les mains de qui je me suis remis, m’ont permis d’échapper à la fournaise. 
Bien certainement les journées que je viens de vivre ont été les plus épouvantables qu’un homme ait jamais vécues ; et je crois que le Dante dans son Enfer, n’a pas imaginé supplice plus terrible que ce que nous avons enduré pendant quinze jours.
Nous étions à la Maisonnette dans une position tout à fait en pointe, pris de tous côtés et à revers par l’artillerie ennemie, terrés dans d’anciennes tranchées allemandes fort bien repérées, faites dans une terre sablonneuse très fine qui nous couvrait complètement, pénétrant partout et nous séchant la gorge.
La plupart du temps on n’avait pas d’eau et le ravitaillement n’arrivent pas ; nous devions nous contenter de biscuits et de chocolat.
Nous sommes restés là quinze jours, attaquant et attaqués, sous un feu de grosse artillerie des plus intenses. Quand nous avons été relevés nous n’en pouvions plus et nous étions éprouvés physiquement et moralement.
Nous sommes absolument dégoutés car on nous a menés à la boucherie ; on nous a raconté un tas de blagues au sujet de notre artillerie lourde qui se réduit à quelques grosses pièces assez rares qui ne tirent que très rarement (…) Sans obtenir aucun résultat, la division a perdu 3000 hommes et 146 officiers.
Pour nous encourager on nous dit que nous avons mal marché et que l’on nous fera tirer jusqu’au dernier ; en ce moment on nous enferme dans un vague camp sans bois, sans rien, loin de tout centre habité et que dans quelques jours on va nous relancer dans la bataille. Vous pouvez juger du moral des hommes qui n’appellent plus les généraux que des assassins et je crains que beaucoup ne soient disposés à faire "camarade". Tout cela est bien triste et bien loin de ce que racontent les journaux et les communiqués qui sont très inexacts."

Extrait d’une lettre sans date (N°12) :

"(…) En ce moment beaucoup d’entre nous sont encore souffrants et ont vraiment du mal à se remettre complètement ; on ne peut jouer ainsi impunément des forces humaines. (…) Je me demande quand tout cela va finir, plus cela vient et moins je vois le bout ; je sais qu’a l’arrière on parle de quelques mois mais moi qui sais ce que c’est, qui ai vu les batailles de Verdun et de la Somme autrement que par les yeux d’un journaliste, je ne crois pas m’avancer en disant que nous en avons au moins encore pour un an. Il ne faut pas se faire d'illusions, les boches sont encore au moins aussi forts que nous , sont outillés supérieurement, très bien organisés, et mieux commandés que nous ; d'un autre côté les Anglais ne m'ont pas fait l'impression de merveilleux soldats (...)"

Illustration du quotidien sur le front :


Illustration du quotidien sur le front

Illustration du quotidien sur le front. Crédits image : Mme Pasche et M. Desbruéres.

Nous remercions Mme Pasche, présidente de l’Université Inter-Âges de Créteil et du Val-de-Marne – section de Maisons-Alfort (U.I.A) pour la mise à disposition des lettres et des dessins évoqués dans cette série d'articles.

En savoir plus :

La Grande Guerre vue à travers la correspondance de Paul Simon