La vie dans les tranchées : témoignage de Paul SIMON

Cet article fait partie d’une série sur la correspondance de Paul Simon, officier du 56e et 59e Bataillon des Chasseurs.

La correspondance de Paul SIMON témoigne, de manière exceptionnelle, de la vie dans les tranchées. Découvrez quelques extraits du récit de Paul SIMON.

Extrait de la lettre du 12 octobre 1915 :

"(…) En ce moment, nous sommes dans la flotte jusqu’aux genoux ; on passe son temps à manier la pompe et l’écope ; fort heureusement en prévision de l’hiver, j’avais acheté une superbe paire de bottes de marais : me voici donc passé égoutier, cette profession manquait à la liste déjà longue de celles que je me trouve appelé à exercer au cours de la campagne."

Extrait de la lettre du 1er février 1916 :

"(…) Notre vie continue assez calme en ce moment, il fait un froid de canard, il y a de la neige, mais cela est préférable au temps humide. Les boches d’en face sont relativement calmes, à notre dernier séjour dans les tranchées ils nous ont copieusement bombardés, un de nos postes a eu pour sa seule part une quarantaine de gros obus de 105, sans occasionner de dégâts heureusement ; le terrain tout autour ressemble à une écumoire (…) Je continue toujours à faire tous les métiers : bûcheron, terrassier, ingénieur hydraulique, architecte, maçon, couvreur etc.. après la campagne je vous assure que je ne serai pas embarrassé pour faire n’importe quel métier."

Extrait de la lettre sans date (n°11) :

"Notre nouveau séjour n’a rien du Paradis, je vous l’affirme, et volontiers, nous retournerions d’où nous venons, bien que dans ce coin le secteur où nous étions, passe, à juste titre, pour le plus mauvais. 
Comme je vous l’ai dit, ici on a toute la gamme des réjouissances : balles mitrailleuses, canon, révolver, obus de petit et de gros calibre, bombes, torpilles, mines, grenades à fusil etc.. c’est le coin tout à fait rêvé pour les amateurs de sensations fortes.
Avec cela, dès qu’il pleut, l’eau règne en maîtresse et la région devient le royaume de la boue. De plus les tranchées se prêtent très bien aux médiations sur les vanités de ce monde ; à chaque pas une tombe, faite parfois d’un simple gabion dans lequel ont été rassemblés les débris d’un pauvre bougre pulvérisé par une torpille. Comme les tranchées et les tombes sont souvent bouleversées, il n’est pas rare de retrouver dans le parapet parmi les sacs à terre : un cadavre ; comme on ne peut le déplacer on plante une croix sur le parapet, une inscription "priez pour un camarade" et c’est tout. Quel cauchemar et quand cela finira-t-il ? (…) 
Ces jours ci, je vais tâcher de faire une installation pour capter les communications téléphoniques des boches, cela peut être d’autant plus intéressant qu’il y a des mines dans notre coin et que les voisins en face pourront ainsi avoir l’obligeance de nous prévenir du moment où ils voudront nous offrir le feu d’artifice."

Illustration du quotidien dans les tranchées :
Illustration du quotidien dans les tranchées

Illustration du quotidien dans les tranchées. Crédits image : Mme Pasche et M. Desbruéres.

Nous remercions Mme Pasche, présidente de l’Université Inter-Âges de Créteil et du Val-de-Marne – section de Maisons-Alfort (U.I.A) pour la mise à disposition des lettres et des dessins évoqués dans cette série d'articles.

En savoir plus :

La Grande Guerre vue à travers la correspondance de Paul Simon