Mise en culture de terrains en friche

Entre les réquisitions militaires, les difficultés d'acheminement des marchandises et l'augmentation des prix, les Français de l'arrière éprouvent des difficultés pour se nourrir. Si la mairie de Maisons-Alfort multiplie les initiatives pour ravitailler ses habitants, une chose continue toutefois de manquer dans ses stocks : des légumes frais.
 
Dès le 22 février 1916 et en application du décret du 2 février 1916, la mairie s'empresse de créer un comité d'action agricole constitué d'agriculteurs : ce comité a pour mission "d'organiser, de façon générale, le travail agricole et d'assurer la culture de toutes les terres". 
 
Quelques semaines plus tard, en mars, la mairie obtient des deux principaux grands propriétaires, M. Jouët et à Mme Delalain, qu'ils mettent à disposition leurs terrains en friche, notamment dans le quartier de Charentonneau (dont le lotissement n'est pas terminé). Elle les propose ensuite aux habitants qui s'engagent, moyennant une faible redevance, à y cultiver les légumes nécessaires à l'alimentation de leurs familles. 

Le règlement est très précis. On ne peut y faire pousser que des plantes potagères : pommes de terre, choux, pois, haricots, carottes, navets, oignons, poireaux, salades etc... La taille de terrain proposé est proportionnelle à celle de la famille. A la fin de la saison, le 11 novembre 1916, les terrains doivent être restitués en bon état à leurs propriétaires. Les membres du comité d'action agricole prodiguent des conseils à ces cultivateurs débutants.
 
Cette nouvelle initiative rencontre immédiatement l’adhésion auprès de la population et va de ce fait être reconduite : les deux premiers jours de sa mise en place, 60 familles se portent candidates. Fin mai, ce sont 145 lots qui ont été distribués à 133 familles maisonnaises. En février 1917, d'après le Figaro, ce sont 260 jardins d'environ 300 mètres qui ont trouvé preneurs.

 rue du 11 novembre 1918) en 1915

Rue de Charentonneau (aujourd'hui : rue du 11 novembre 1918) en 1915. Crédits image : Archives municipales
 
Cette action, initiée par Maisons-Alfort et Montrouge, est comme les autres saluée par la presse :

"[...] Une ingénieuse combinaison qu'il nous semble utile de relater." (La Presse du 17 mars 1916)

"L'initiative prise par cette commission mérite d'être louée et nous voulons la signaler comme un exemple digne d'être suivi, et rapidement" [...] (La Liberté, en 1916)

Dès le 27 janvier 1916, le ministre de l'agriculture avait de son côté déposé à la Chambre des députés un projet de loi relatif à la mise en culture des terres abandonnées et sur l'emploi de la main d'œuvre agricole pendant la guerre. Ce projet n'aboutit à une loi que le 6 octobre 1916. Celle-ci prévoit que "le maire de chaque commune [...] invitera par lettre recommandée le propriétaire ou l'exploitant habituel des terrains non cultivés à mettre, s'il y a lieu, ces terrains en culture. Si, dans les 15 jours de l'envoi, l'exploitant ne justifie pas de raisons indépendantes de sa volonté l'ayant contraint à abandonner sa terre, le maire aura le droit de réquisitionner ces terrains et il pourra les livrer, pour être mis en culture, au comité communal d'action agricole [...]".

Quand la loi est publiée au Journal officiel, la mise en culture des terres abandonnés est mise en place à Maisons-Alfort depuis déjà six mois : ce que le maire Champion a obtenu par la persuasion en mars 1916, la loi permet de l'imposer à l'aide de réquisitions six mois plus tard.

Jeune Maraicher en 1915, rue de Charentonneau (rue 11 novembre 1918)

Jeune Maraicher en 1915, rue de Charentonneau (aujourd'hui : rue du 11 novembre 1918). Crédits image : Fonds Aubert