Mon grand-père : un simple "poilu" sorti de l’oubli

Chansonnier, poète, en route vers la célébrité Paul Boulitreau, alias Paul Haldy, est mort pour la France en 1915. Grâce à la presse et au Net, ses descendants le retrouvent … cent ans après la bataille de l’Artois. 

On a tout retrouvé concernant le Sergent Paul Boulitreau, matricule 01057, 160e Régiment d’infanterie, mort au combat, au joli mois de mai 1915. Tous les documents d’époque : acte de naissance, de mariage, de décès, citation à l’ordre de l’armée, croix de guerre avec palmes. Mais, hélas pas de photo, seulement des partitions…

A sa mort, à la première bataille de l’Artois, ce père de famille avait 33 ans, il était poète, chansonnier. Grâce à l’article du "PARISIEN", (8.04.2014) présentant le travail du Cercle de généalogie de Maisons-Alfort (C.G.M.A) sur l'identification des 696 soldats gravés sur le monument aux morts , Paul Boulitreau, redevient célèbre, le temps d’un paragraphe.…

Surfant sur le Net sa petite-fille (84 ans) découvre cet article. Et grâce aux pistes fournies par C.G.M.A., elle "retrouve" son grand-père dont elle n’avait que de lointains souvenirs retransmis.

Paul Haldy, son pseudonyme, était donc poète, chansonnier, à Paris, et déjà célèbre avant 1914. Plusieurs de ses chansons courent encore dans les rues… dont "Fleur de Misère", grand succès de Berthe SYLVA dans les années 30. Cette complainte (c’était l’époque) "passe" encore parfois à la radio. Entre documents officiels et souvenirs lointains, le profil du "poilu" se précise.

Paul Boulitreau naquit en 1881, fils de Pierre, relieur, et de Marie-Antoinette Perrochet, corsetière. Enfant, il vit construire la Tour Eiffel et, plus tard, avec son jeune fils, décoller le premier avion français.

A 20 ans, il épouse Marie-Eugénie Renaud, 17 ans… Quatre enfants naîtront de cette union, le dernier à titre posthume. La famille habite à Maisons-Alfort, le père est employé dans une compagnie d’assurances. Pendant son temps libre, il écrit des poèmes et des chansons sous son pseudonyme, il chante au "Lapin Agile". Promis à une belle carrière ? 

Partition - chanson chantée par Paul Haldy

Crédits image : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Et sonne le tocsin 

Le sergent Paul Boulitreau, était pacifiste, comme Jaurès, mais il partit à la guerre "comme tout le monde".

 En Artois, les combats de mai et juin 1915 sont particulièrement meurtriers, son unité se situe à Neuville-Saint-Vaast. L'objectif est la côte 140 tenue fermement par les Allemands. Deux ans plus tard, seulement – avril 1917 - les Canadiens les délogent de la Colline de Vimy, point stratégique et Haut Lieu de l'Histoire aujourd'hui encore. 

Paul Boulitreau est blessé dans un combat corps à corps dans les rues d’un village, le 10 Mai 1915. Il sera soigné tardivement, car il ne veut quitter son commandement qu’après avoir reçu les renforts demandés. Transporté à l'Ambulance du 20° Corps à Aubigny-en-Artois, il est conscient, et peut encore écrire à sa femme : "je vais bien". Mais la gangrène aura raison de lui, malgré les amputations. Il décède le 7 Juin 1915. 

Son épouse, enceinte, arrive assez tôt pour l’entendre dire "Marie, je meurs, mais nos enfants ne reverront pas ça". La mention "Mort pour la France" lui est attribuée en juillet 1915.

Le temps a passé. Serait-il devenu plus célèbre ? Se serait-il enthousiasmé pour le jazz des années 20 ? Aurait-il chanté "Tout va très bien Madame la Marquise en 1935" ? Et la "Guerre de 14-18" de Georges Brassens ? Nous serions-nous bien entendus lui et moi l’écrivassière (sa petite-fille) ? On peut toujours rêver.

Illustration - chanson avec les paroles de Paul Haldy

Illustration d'une chanson avec les paroles de Paul Haldy.

Merci au C.G.M.A. et aux chercheurs en généalogie qui m’ont permis de retrouver mon grand père, un des innombrables "Morts pour la France" de la Grande Guerre, dont la plupart dorment (à jamais ?) dans l’oubli malgré les Monuments aux Morts. 

Renée Boulitreau, journaliste