Portrait de Fernand et Lucien DELION

Fernand et Lucien DELION sont nés tous deux à Maisons-Alfort, l’un en 1890, l’autre quatre ans plus tard en 1894.

Lorsque la guerre éclate, les deux frères, fils du conseiller municipal Hippolyte ​Delion, habitent le quartier d’Alfort (9 quai de la Marne, aujourd'hui : quai du Docteur Mass).

Fernand est appelé sous les drapeaux le 3e jour de la mobilisation et rejoint le 246e régiment d’infanterie. Il part le 9 août 1914 pour le front. D’octobre 1914 à janvier 1915, il est en poste dans les environs de Crouy (Aisne). Le 12 janvier 1915, il est blessé à la tête et à l’œil par des éclats de projectiles. Alors qu’il retourne seul au village, après avoir reçu les premiers soins de ses camarades, "une balle lui traverse le visage de part en part". Il trouve refuge dans la première maison du village et y passe la nuit. Ce n’est que le lendemain au matin qu’il est transporté au poste de secours pour être ensuite évacué sur différents hôpitaux militaires, jusqu’au service ophtalmologique de l’Hôtel-Dieu de Paris.  Le 9 avril 1915, il quitte cet hôpital pour le dépôt de convalescentes installé à la caserne Clignancourt à Paris. L’œil gauche perdu et partiellement défiguré, il est réformé le 29 mai 1915. Il est décoré de la Médaille militaire, la Croix de guerre avec palme et la Médaille de la Victoire. 

Par décret du 20 juillet 1915, il reçoit la citation suivante : "Le 12 janvier 1915 dans l’après-midi étant sentinelle avancée à la barricade, a reçu 2 balles dont l’une explosive qui lui a arraché l’œil gauche et une autre qui lui a traversé les 2 joues. N’a pu être relevé que la nuit".

Son petit frère, Lucien Delion (portrait lors de ses classes) est mobilisé à Paris le 31 juillet. Jusqu’au 4 septembre, au crayon de papier, il tient sur un petit carnet un "journal de la guerre européen" qui permet de suivre pas à pas son itinéraire. Il part le 6 août au matin depuis la gare de Noisy-le-Sec pour la Meuse, où il arrive après un voyage de 17 heures. Dans son journal, il évoque la chaleur étouffante des premiers jours de guerre, les nombreux déplacements, les travaux de tranchées, les missions de reconnaissance, le passage d’aéroplanes ennemis, l’attente des ordres, les mauvaises nuits et les "réveils un peu brusques". A la date du 12 août, il relate une "attaque comique" : "une sentinelle de la 112 Compagnie tire sur une vache, croyant que c’était un uhlan [soldat de l’armée allemande]. Il fait déranger tout le régiment". 

Le 27 août 2014, Lucien tombe malade. Il est envoyé d’un dépôt de convalescents à un autre, de Verdun (saturé) jusqu’à  Cognac. Son carnet s’arrête le 4 septembre 2014 et ne relate pas l’année suivante. Tout juste sait-on que le 23 juin 1915 qu’il repart ensuite pour le front puisqu’il reçoit avec 2 autres camarades du 246e régiment d’infanterie la citation suivante : "A la suite de leur chef de section, se sont portés sous le feu des mitrailleuses ennemies, en traversant rapidement un terrain découvert, dans une tranchée seulement ébauchée, et dont la profondeur était telle que l’on devait travailler à plat ventre. S’y sont maintenus pendant 17 heures. De plus, sous un feu violent de mitrailleuses, et vus comme en plein jour sous les feux des fusées lumineuses, sont allés chercher le corps d’un officier tué".

Le sergent Lucien Delion tombe au champ d’honneur le 28 septembre 1915 à Souchez (cote 119), dans le Pas-de-Calais, d’une balle de mitraille dans les reins. Il avait 20 ans. Son corps est provisoirement enterré au cimetière français de Villers-au-Bois (photo).
La famille est informée officieusement de son décès par un courrier de son supérieur, le 5 octobre 1915. L’annonce officielle n’intervient qu’un mois plus tard, le 30 octobre 1915 : le maire de Maisons-Alfort,  informé du décès du jeune homme par l’administration militaire, est chargé d’annoncer à la famille, "avec tous les ménagements nécessaires", une nouvelle qu’elle ne connaît déjà que trop.

Le 24 décembre 1915, il reçoit à titre posthume la citation suivante : "A fait preuve d’un rare courage et d’un admirable sang-froid dans un combat à la grenade qui lui a permis de progresser dans des boyaux défendus avec acharnement par l’ennemi. Tué en pleine bataille".

Il est décrit post mortem  comme "un charmant garçon, affectueux et dévoué, toujours gai, chantant à pleins poumons pendant les routes, entraînant tout le monde par sa constante bonne humeur". Pour son supérieur, le capitaine de Saint-Germain, "tous ceux qui ont connu ce bon garçon remarqueront que, jusqu’à sa mort, il avait conservé cette bonne humeur et cet entrain qu’il possédait avant la guerre lorsqu’il était monté aux fêtes du 14 juillet 1914, sur l’estrade installée quai d’Alfort, chanter quelques chansonnettes comiques pour égayer nos concitoyens".

Le 8 octobre 1917, son frère Fernand, revenu à l’arrière depuis qu’il est réformé, se marie à Maisons-Alfort.

Le 23 avril 1922, le corps Lucien est rapatrié depuis le cimetière de Villers-au-Bois, pour être inhumé au cimetière de Maisons-Alfort dans la sépulture familiale.

Découvrir les frères DELION en images

Cliquez sur l'image pour consulter la légende.