Gestion des réfugiés à Maisons-Alfort

Les combats jettent sur les routes des milliers de réfugiés des zones de combats, belges ou français, exilés volontaires ou contraints, qui, tout au long du conflit échouent, démunis, dans les départements de l’arrière.

Il s’agit pour l’essentiel de femmes et d’enfants, parfois accompagnés d’hommes trop âgés pour se battre, bref des "bouches inutiles" à qui il faut trouver un logement et donner les moyens de survivre car ils ont tout laissé derrière eux : la compassion du début laisse parfois place à une forme d’animosité envers ceux que certains n’hésitent pas à appeler les "Boches du Nord".

Le 9 novembre 1914, la ville de Maisons-Alfort se porte volontaire pour accueillir "20 familles de 4 personnes environ, qui seront logées et nourries par les soins de la Commune". Le conseil municipal décide pour cela de lancer un appel aux volontaires auprès de ses administrés susceptibles de les héberger et envisage de les indemniser si nécessaire pour les frais de nourriture.

Presque 200 réfugiés ont été identifiés dans les archives de la mairie entre 1914 et 1918 : ils viennent de Reims, Béthune, Calais, Lille… et même Charleroi et Namur. Certains trouvent un emploi dans les entreprise des environs, comme les Fonderies et aciéries de Maisons-Alfort, le moulin Rieffel, Springer, Courtine, Gondolo, pour Maisons-Alfort, ou encore la Compagnie d’électricité d’Ivry, chez Est-Lumière à Alfortville…

Les courriers conservés permettent d’imaginer la situation délicate dans laquelle se retrouvent ces familles déracinées, comme la famille Lejeune, originaire de Reims et installée provisoirement à Maisons-Alfort, au 97 rue Victor Hugo :

Maisons-Alfort, le 25 août 1916

Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous écrire pour vous soumettre la situation nouvelle qui s’est faite par suite des évènements actuels.

Réfugiés de Reims (Marne) où je suis resté avec toute ma famille jusqu’au 14 janvier 1915, je suis à Maisons-Alfort depuis ce jour.

J’ai 7 enfants, dont les âges suivent : [cinq garçons] de 23 ans, 21 ans, 13 ans, 11 ans et 9 ans et [deux filles] de 19 ans et 15 ans.

Ma nombreuse famille m’a valu d’être versé dans la classe 87 mais il faut vivre. Or, depuis le mois de janvier dernier, l’on m’a réduit l’allocation à 1Fr85 par jour en raison de l’âge des aînés qui pouvaient travailler. Actuellement, mes 2 aînés sont soldats dont un sur le front. Quand à ma famille aînée, elle ne trouve pas de travail depuis plusieurs semaines. Je suis donc seul avec mon modeste emploi de chargeur auxiliaire à la Poste à la Gare de Lyon pour subvenir à toute ma famille (6Fr par jours).

Je viens donc faire appel à votre haute bienveillance pour examiner ma situation et décider si vous le croyez utile l’augmentation de mon allocation […]

Source : Archives départementales du Val-de-Marne, DR7 50

En savoir plus :

Accueil de réfugiés belges

Déliberations du Conseil municipal en 1914